Menacée de déclenchement au cytotec : Guide de survie

Informations sur l'usage du cytotec® (misoprostol) en obstétrique et sur l'accouchement déclenché en général
mamancyto
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Menacée de déclenchement au cytotec : Guide de survie

Message par mamancyto » 20 mai 2014, 22:35

Petit guide de survie à l’intention des femmes menacées de déclenchement au cytotec

Dans le cadre de l’association Timéo et les Autres, nous recevons régulièrement des appels au secours de futures mamans menacées de déclenchement au cytotec. Parfois nous avons le temps de correspondre avec ces femmes, et elles finissent par s’en sortir (en allant accoucher ailleurs), mais trop souvent, les appels au secours arrivent trop tard pour que nous puissions intervenir.

Alors voilà, si c’est votre cas, si « on » vous annonce : « on vous déclenche au cytotec demain matin », que vous refusez le cytotec et qu’ « on » vous répond : « ici, c’est ça ou rien », voici quelques liens vers des documents à imprimer pour appuyer votre refus :

- Recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé, rien que ça), 2008 :

p.8 :
4.5 Misoprostol : Le misoprostol (prostaglandine E1) n’a pas d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le déclenchement artificiel du travail. Des études réalisées avec des faibles doses de misoprostol paraissent montrer une efficacité et une tolérance comparables à celles des prostaglandines E2. Son utilisation dans cette indication doit être réservée à des essais randomisés de puissance suffisante pour en évaluer le ratio bénéfices/risques.


Quelques explications : le misoprostol c’est la molécule du cytotec.
« des études … semblent montrer » : donc on n’a AUCUNE preuve que ce produit ne soit pas plus dangereux que la prostaglandine E2 (appelée aussi dinoprostone).
Si on n’a pas de preuves, on n’utilise pas. Les femmes ne sont pas des cobayes.

- Alerte lancée par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament, c’est pas rien non plus) le 25 février 2013.
L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met en garde les professionnels de santé des risques liés à une utilisation hors AMM de spécialités qui n’ont pas d’indication prévue dans le déclenchement artificiel du travail.
Explications : AMM = autorisation de mise sur le marché. Le cytotec a une AMM pour le traitement des ulcères gastriques, pas pour déclencher l'accouchement.
Dans le déclenchement de l’accouchement à partir de 37 semaines d’aménorrhée, le recours à des spécialités non autorisées, quelle que soit la voie d’administration, fait courir des risques graves à la mère et à l’enfant. En effet, des effets indésirables graves ont été rapportés avec une utilisation de Cytotec dans le déclenchement du travail comme la survenue de rupture utérine, d’hémorragies ou d’anomalies du rythme cardiaque fœtal.
Si votre gynéco ne respecte ni les recommandations de la HAS, ni celles de l’ANSM, c’est un sale con, et il faut vous sauver à toutes jambes.

Si malheureusement, vous vous trouvez dans une grande maternité parisienne de niveau III et que votre état de santé de vous permet pas d’accoucher ailleurs qu’en niveau III, téléphonez à l’ARS Ile de France et demandez-leur d’intervenir.
L’ARS a autorité sur tous les établissements hospitaliers de la région.

ARS Ile de France, service réclamations :
01.44.02.01.64
ars-idf-gestion-reclamations@ars.sante.fr

- RCP du cytotec (Résumé des caractéristiques du produit), dans la base de données de l’ANSM.
ATTENTION : Le CYTOTEC (misoprostol) comprimé sécable 200µg est destiné à la voie orale uniquement et ne doit pas être administré par toute autre voie d’administration.
Donc dans le vagin, c’est NON.
Et par voie orale pour un accouchement, c’est NON aussi :
des cas de souffrances fœtales aiguës, d'hypercinésies utérines, d'hypertonies utérines et de ruptures utérines ont été décrits lors de l'utilisation du misoprostol dans l'induction du travail à terme chez l'enfant viable
Et si toutes les recommandations de prudence ne suffisent pas, il y a aussi l'article sur l’affaire Timéo, où le CHI de Poissy a été reconnu responsable du handicap du bébé à la suite d’une rupture utérine :
La maternité de Poissy a été reconnue responsable du handicap de Timéo, 2 ans et demi. L'accouchement avait été déclenché avec du Cytotec©, un médicament aux effets controversés.

Il appartient donc au CHIPS de réparer les préjudices du handicap de Timéo.



Et puisqu’on aborde le volet juridique, un petit rappel de la LOI ne fera pas de mal :
-Loi Kouchner du 4 mars 2002 :
Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment.
- Loi du médicament du 29 décembre 2011:
le prescripteur d'un médicament hors AMM doit faire la preuve qu'il a informé le patient, son représentant légal ou la personne de confiance, de l'absence d'alternative médicamenteuse ainsi que des risques, contraintes et bénéfices susceptibles d'être apportés par le médicament prescrit.
Les accouchements déclenchés au cytotec sont donc purement et simplement ILLEGAUX puisque les alternatives existent: Pour la maturation du col, la substance couramment utilisée (avec AMM) est la dinoprostone (prostaglandine E2), sous diverses formes: Propess (tampon), Prépidil (gel).

Quels que soient votre état de santé, vos finances, votre moral, ne vous laissez JAMAIS administrer du cytotec pour déclencher l’accouchement.
Refusez fermement, interpellez les autorités, l’ARS, le Ministère de la Santé, les journalistes qui ont déjà travaillé sur le sujet.

Battez-vous pour vous et pour votre bébé. Et n’hésitez pas à nous contacter. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous aider.

Courage !

Et j'espère un jour que ce post n'aura plus de raison d'être.

Anne Loirette

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