Bêtisier 1 : Cachez ce décès que je ne saurais voir

Informations sur l'usage du cytotec® (misoprostol) en obstétrique et sur l'accouchement déclenché en général
mamancyto
Administrateur
Messages : 120
Inscription : 24 octobre 2011, 21:47

Bêtisier 1 : Cachez ce décès que je ne saurais voir

Message par mamancyto » 27 septembre 2014, 21:29

Image
LE GRAND BÊTISIER DU MISOPROSTOL*
(ou Cytotec®)


Lorsqu’on lit une publication scientifique, on a tendance à penser que les informations diffusée sont fiables, surtout lorsqu’il s’agit d’essais cliniques réalisés selon une méthodologie bien précise : comparaison entre 2 médicaments, groupe de patients répartis au hasard pour recevoir l’un ou l’autre des médicaments comparés et analyse des résultats en terme d’efficacité, de sécurité, etc.

Mais que se passe-t-il lorsque les promoteurs de l’essai clinique en question ont intérêt à ce que les résultats de leur étude concordent avec leurs objectifs ? Par exemple, lorsqu’il s’agit de prouver que le Cytotec® (30 centimes d’euros) est, malgré son absence d’autorisation de mise sur le marché en obstétrique, un médicament supérieur aux autres (qui coûtent 100 fois plus chers) pour déclencher un accouchement ?

Et bien on est obligé de constater que certains résultats peu avantageux sont tout simplement mis de côté.

EPISODE 1 : Cachez ce décès que je ne saurais voir

Commençons par cette étude, datée de 1996 :
Wing, D, Paul RH. A comparison of differing dosing regimens of vaginally administered misoprostol for preinduction cervical ripening and labor induction. Am J Obstet Gynecol 1996;175:158-64.

Lors de l’essai clinique (qui comprend 522 femmes), une patiente décède d’embolie amniotique 9 heures après avoir reçu une seule dose de 25µg de Cytotec®.
Va-t-on être obligé de renoncer à ce médicament tellement prometteur sous prétexte qu’il y a quelques dégâts collatéraux ?
Que nenni ! Les auteurs de l’étude ont conclu que le décès de la dame ne pouvait pas avoir de lien avec le Cytotec® puisqu’il était survenu 9 heures après l’administration du médicament : « il semble peu probable que le misoprostol ait un rôle dans l’étiologie de cet évènement catastrophique car il avait été administré 9 heures auparavant ».

Moi bêtement, je me serais dit « Tiens, est-ce qu’on n’aurait pas un chouia sous-estimé la durée d’action de la molécule ? »,

Mais bon… moi je dis ça… je ne suis pas médecin...

Les promoteurs de cette étude, eux, ont conclu dans les revues médicales « Le misoprostol administré vaginalement est un agent efficace pour la maturation du col et le déclenchement de l’accouchement… des recherches plus poussées sont nécessaires pour déterminer la sécurité du misoprostol. »
Là, il faut être habitué à ce genre de publication pour lire entre les lignes :
- « c’est efficace ». Il faut comprendre : « ça fait sortir le bébé d’une façon ou d’une autre, on ne vous dit pas dans quel état, mais « ça » sort. »
- « Des recherches plus poussées sont nécessaires » = On ne va pas pouvoir prétendre que c’est sécuritaire vu qu’on a quand-même eu de gros pépins, mais on aimerait bien vérifier qu’en reproduisant le même protocole sur des dizaines de milliers de femmes on retrouve les mêmes risques, parce qu’après tout, le décès d’une dame sur les 522 participantes, si ça se trouve, c’est juste un malheureux hasard.

De toute façon, seul le résumé de l’étude paraît dans les revues médicales, et ce résumé ne fait aucune allusion à ce malheureux décès. Pas plus qu’il ne mentionne les deux hystérectomies (ablation de l’utérus) pour cause d’hémorragie massive du post-partum.

Image

Une autre étude dans le même genre, qui date de 1999 :
Kolderup L, McLean L, et al. Misoprostol is more efficacious for labor induction than prostaglandin E2, but is it associated with more risk? Am J Obstet Gynecol 180 (1999):1543-50.

Là ils comparaient 50µg de Cytotec® toutes les 4 heures (avec un maximum de 300µg !!!) à 0,5mg de dinoprostone (Prepidil®).
81 femmes sont recrutées dans le groupe Cytotec® contre 78 dans le groupe Prepidil®.

« Sur les 16 extractions pour détresse fœtale dans le groupe misoprostol, seuls 5 (31%) se sont produits dans les 8 heures suivant l’administration du misoprostol et peuvent par conséquent être liées à l’utilisation du médicament »

Et hop ! Comment se débarrasser de 11 cas gênants ?

Enfin, ceci dit, si on recoupe les données des deux études, on pourrait commencer à se dire que, tiens, tout de même, cette molécule semble avoir des conséquences néfastes trèèèès longtemps après administration.

Ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que la demi-vie de la molécule est de 4 heures par voie vaginale. (demi-vie = temps nécessaire pour que le produit perde la moitié de son effet, donc au bout d’une demi-vie, il reste 50% du produit, au bout de 2 demi-vies, 25%, etc.)

Enfin, ce n’est pas le pire dans l’étude en question. Ils ont quand-même réussi l’exploit d’évaluer la tolérance au Cytotec® (tolérance maternelle et fœtale) sur des bébés déjà morts in utéro (3 déclenchements pour mort fœtale in utéro parmi les 159 patientes).

Il faut dire que les fœtus déjà morts supportent très bien le Cytotec®. Ce n’est pas comme les fœtus vivants : Il y en a un qui n’a pas résisté au traitement.
Mais là encore, aucune trace de ce décès dans le résumé de l’étude.

Image
La pétition pour demander l’interdiction de l’utilisation détournée du cytotec dans les déclenchements d’accouchements est toujours en ligne sur le site de l'association Timéo et les Autres.

Retrouvez les autres épisodes du bêtisier :
- Episode 2 : Meuh non c’est pas dangereux !
- Episode 3 : Houston, on a un problème
- Episode 4 : Ça va plus vite … à la césa !
- Episode 5 : Petits tours de passe-passe
- Episode 6 : Chronique d’une hécatombe annoncée
- Episode 7 : Les yeux fermés (ou comment recruter des « volontaires » pour un essai clinique)

*misoprostol : molécule contenue dans le Cytotec®, un médicament destiné à traiter les ulcères gastriques et détourné de son usage pour déclencher des accouchements.

Crédits Illustrations : http://clipartof.com

papacyto
Messages : 30
Inscription : 24 octobre 2011, 22:00

Re:Le grand bêtisier du Misoprostol (ou Cytotec) - Episode 1

Message par papacyto » 04 octobre 2014, 15:43

Dans cet épisode 1, il est écrit : "demi-vie = temps nécessaire pour que le produit perde la moitié de son effet".

Ce n'est pas tout à fait juste ! Dans la réalité "médicale", c'est la concentration de la molécule retrouvée dans le sang (plasma sanguin) qui a été divisée par 2. Rien ne prouve donc que l'efficacité est réduite et rien ne permet de dire quel est le taux de produit pouvant encore agir au niveau du vagin. Seule la portion de produit ayant passé la barrière utérine et qui se retrouve dans la circulation sanguine est prise en considération. Donc l'effet n'est pas du tout évalué correctement dans cette mesure. Ce qui au final est encore moins rassurant sur le sérieux de l'étude ! :(

mamancyto
Administrateur
Messages : 120
Inscription : 24 octobre 2011, 21:47

En Inde aussi

Message par mamancyto » 08 novembre 2014, 22:55

L'étude de D. Wing a fait des petits un peu partout dans le monde.

Image

En Inde, en 2004, une équipe teste 25µg de cytotec vaginal toutes les 6 heures, comparé à une dose unique de 50 µg.

L’étude porte sur 100 femmes (50 dans chaque branche).
Pas de chance, une femme meurt d’hémorragie du postpartum (un effet bien connu et redouté du cytotec).
Qu’en pensent les auteurs de l’étude ?
One maternal death in a 50µg regimen cannot be directly attributable to misoprostol.
(Un décès maternel dans le groupe 50 µg ne peut pas être attribué directement au misoprostol).
Et puis tant qu’à faire ils concluent :
There was no significant difference in maternal side effects.
(Il n’y a pas eu de différence significative en ce qui concerne les effets secondaires maternels).
Ben voyons ! 1 décès dans un groupe de 50 femmes… rien de bien significatif.

Cerise sur le gâteau :
No epidural analgesia was used in our study. (Aucune péridurale n’a été utilisée dans notre étude).
Les femmes qui ont vécu un déclenchement au cytotec apprécieront…

Et dans les références, on retrouve … Wing, D, Paul RH. A comparison of differing dosing regimens of vaginally administered misoprostol for preinduction cervical ripening and labor induction. Am J Obstet Gynecol 1996;175:158-64.

La boucle est bouclée.

mamancyto
Administrateur
Messages : 120
Inscription : 24 octobre 2011, 21:47

Papouasie-Nouvelle Guinée : 1 décès par hémorragie

Message par mamancyto » 26 décembre 2017, 12:21

Etude menée à l'hôpital Modilon en Papouasie-Nouvelle Guinée.
Entre 2013 et 2015, 209 femmes ont reçu du misoprostol oral dosé à 25µg toutes les 2 heures (jusqu'à 4 doses) puis 50µg toutes les 2 heures (jusqu'à 8 doses), soit un maximum de 500µg en 24 heures !

Une femme est décédée lors de l'étude.
Un décès que les auteurs de l'étude commentent de la façon suivante
The only maternal death was not study related and occurred in a patient with post-partum haemorrhage, 15 h post-delivery.
Comment un décès par hémorragie peut-il être considéré sans lien avec l'étude en question ???

Les seuls éléments trouvés dans l'article sont :
There was a maternal death in a 39 weeks primigravida who had pre-eclampsia and fetal death in utero. She delivered a macerated stillbirth baby weighing 2.5 kg and suffered a secondary postpartum haemorrhage of more than 2 l. Despite emergency fluid and blood resuscitation, she went into cardio-pulmonary arrest and died 15 h post-delivery.
Conclusion de l'étude :
Conclusion: The oral misoprostol regimen for IOL described in the present study is safe, effective and logistically
feasible to administer in a resource-limited setting.

Répondre