Mon accouchement par cytotec le 5 septembre 2012

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Mamanaunaturel
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Mon accouchement par cytotec le 5 septembre 2012

Message par Mamanaunaturel » 28 janvier 2013, 21:51

Depuis Juin 2012, je suis suivie par une sage femme libérale pour une préparation classique et naturelle, qui accouche également en plateau technique, c'est avec elle que je souhaite voir venir au monde mon bébé, dans un projet de naissance le plus naturel possible, je ne souhaite aucunement la médicalisation, ni de gestes invasifs.

Aujourd'hui, nous sommes le 5 septembre 2012, je suis à 4o sa, c'est mon second bébé, un petit garçon.
Qu'on se le dise, j'ai toujours eu des pertes importantes tout au long de mes grossesses. Nous sommes mercredi, et depuis lundi j'ai des doutes, les pertes s'accentuent, sont très clairs, mais rien qui me permette de me dire fermement: j'ai fissuré ma poche.

Il est 13h, Je décide d'aller faire un petit contrôle à la maternité du CMCO à Schiltigheim (Strasbourg 67), maternité qui est passée "public" depuis Janvier 2011, je le sais car je suis auxiliaire de puériculture et je travaille en pédiatrie. C'est dans cette maternité que va naitre mon bébé, ma sage femme y loue un plateau technique.

Arrivée aux urgences gynécologiques, qui se font en salle de naissance, je suis accueillie par une sage femme, M, qui m'ausculte, me fait tousser, fais le test, aucun doute la poche est fissurée.

Je commence à pleurer, je n'ai à ce moment là aucune contraction, mon projet d'accouchement en salle nature commence à s'éloigner sérieusement.
Très vite je suis vue par l'interne en gynécologie, il me dit que compte tenue de la durée de la fissure (3j), on va me déclencher, je demande comment, il me dit que ce sont des gélules que l'on pose sur le col, je lui demande quelles sont ces gélules, il me répond que ce sont des gélules vont provoquer des contractions destinées au déclenchement, cytotec, je ne connais absolument rien aux déclenchements.

30 min après, il est 14h, la sage femme me perfuse, immédiatement je me rends compte qu'elle m'injecte de la pénicilline alors que je suis TRES allergique à ce médicament, c'est écrit en rouge dans mon dossier, je sonne, elle me change l'antibiotique, mais je commence à me sentir très mal (nausées et picotements).

Il est 14h30, elle me pose la première gélule, je suis sous monitoring, pas de contractions.

A 16H30, elle me renvoi en chambre pour patienter.

Il est 17H30, je commence a sentir quelques contractions, une toutes les 10 minutes, je suis heureuse, le travail commence, je n'aurai eu besoin que d'une seule gélule !!

A 20h je redescends en salle, après auscultation mon col n'a pas bougé, et là, une immense douleur, M, la sage femme était en train de me décoller une membrane, je panique, je lui demande ce qu'il se passe, elle me dit que ça ne va pas assez vite, je lui réponds que je contracte depuis peu, c'est normal, ça commence seulement...je la laisse faire l'autre membrane contre mon gré, avec ça j'espère juste qu'elle me fiche la paix.

A 20H40, elle revient pour me dire que le travail n'avance pas assez vite et qu'elle doit percer la poche des eaux. Pendant ce temps là j'ai des contractions très douloureuses, et bébé va bien, je ne comprends pas pourquoi il faut le sortir aussi vite alors que l'induction du travail à fonctionné. Je demande à ce qu'on appelle ma sage femme, elle me dit qu'elle est en route. Que je n'ai pas le choix, soit elle me perce la poche soit elle me remet une gélule de cytotec, et que si ça va pas j'irai en césa d'urgence, et que mon projet de naissance naturelle n'existera plus du tout.

A 21H, la sage femme de relève arrive, elle me perce la poche. Je pleure.

Le travail s’accélère soudainement, la tête de mon bébé vient se plaquer sur le col, je le sens pousser +++, j'ai maintenant des contractions toutes les 1min, mon col n'est qu'à 4 cm, je commence à avoir de violentes crampes, je vais aux toilettes, j'ai la diarrhée, on me dit que c'est les effet du cytotec.
La sage femme me fait couler un bain mais il m'est impossible de rentrer dedans, je n'arrive plus à marcher, je suis effondrée de douleur dans les toilettes, je commence à vomir, on me dit que c'est aussi le cytotec.

Les contractions sont d'une violence inouïe, je ne sais pas combien il y en a, je n'arrive plus à respirer, je ne suis qu'un hurlement, qu'une douleur à moi seule, je ne vois plus rien, le noir total devant mes yeux, j'entends mon conjoint qui me parle mais je n'arrive plus à parler, je ne fais que hurler, ce hurlement sort de moi sans même que je puisse le contrôler, je pense à ce moment là que je vais mourir, je demande juste si bébé supporte, bébé va très bien, son rythme est normal.

Mon conjoint me hisse dans la baignoire, j'ai les yeux qui ne s'ouvrent plus, les contractions s'enchainent à une vitesse incroyable, ne s'arrêtent plus, plus de repis, quand je pense avoir atteint le summum de la contraction elle monte encore plus haut, plus fort, je suis broyée.

Il est 22H, je demande à mon conjoint pourquoi ma sage femme n'est pas encore là, il faut qu'elle soit là, il l'appelle avec mon portable. Il se trouve que la première sage femme m'a menti, elle n'a jamais contacté ma sage femme qui attendait chez elle près du téléphone. Elle bondit dans sa voiture.

Je hurle que je veux la péridurale, on me l'a refuse car on ne fait pas de péridurale "en salle nature", j'exige un changement de salle, on me dit que c'est impossible. Je vais mourir c'est impossible je vais pas survivre à cet accouchement. Je continue de hurler à l'infini.

22H30, une salle est libérée la sage femme vient me chercher, je traverse le couloir les yeux fermés, en hurlant, mon conjoint me soutien pour m'aider à marcher.

Les anesthésistes m'attendent et sont déjà près à me piquer. Ils refusent de me piquer tant que je ne suis pas ausculter car ils ne veulent pas me la mettre si je suis au bout, je refuse l'auscultation dans un grand hurlement. Je supplie de me piquer, la péridurale ne fonctionne pas, les contractions sont de pires en pires, je n'arrive plus à parler, je ne vois plus rien, je sens que je pars, j'ai des visions délirantes, je ne perçois plus très bien les sons.

Ils m'injectent 3 bolus de morphine directement dans la colonne (ça je l'ai su après), c'est au bout de cette 3 ème injection que je sens enfin la contractions diminuer, je sens une main chaude sur mon genoux, allez y Audrey, criez, criez encore plus fort, ma sage femme est là, je me sens revivre, elle me prend dans ses bras, m'encourage à hurler encore et encore.

Cette péridurale m'a sauvé la vie, elle commence à ralentir les contractions et de ralentir les battements cardiaques de mon bébé qui commençait à s'emballer, je reprends mes esprits, bébé va bien, je ne suis qu'à 7 cm, je m'allonge sur le coté, je continue de vomir à cause du cytotec, je me sens lovée dans les draps, je ne sais plus très bien si je vais accoucher, je somnole sous le choc...

Je sens toujours les contractions mais avec beaucoup moins de douleur, elles sont supportables même si elles me coupent la respiration. Avec ma sage femme et mon conjoint, je décide de chercher une position pour pousser. Je reste sur le coté, cette saleté de nausée m’empêche de me mobiliser comme je veux contre ma douleur...

Bébé va bien alors je décide d'y aller le plus doucement possible, je décide de pousser longtemps mais tout doucement.

Il est 23H30 quand mon bébé sort, aucune déchirure, je le prends contre moi, il ne pleure pas, il est calme, on se regarde longtemps, 5h de peau à peau, 4h de tétée, pardon mon amour, de t'avoir fait supporter une telle naissance, à aucun moment tu n'as défailli et moi, si faible devant cette médecine, je leur ai fait confiance, tu risquais une grave infection, j'ai eu peur pour toi, ils m'ont fait peur et ont joué avec ma peur pour faire ce qu'ils voulaient de moi, de mon corps, ils m'ont volé mon accouchement, notre rencontre, violé mon intimité, bafoué mon corps jusqu'au fond de mes entrailles...

Aujourd'hui, je fais encore des cauchemars de cet accouchement, je ne peux pas y penser sans pleurer, sans remords, sans regrets, sans haine, nous en avons reparlé des dizaines de fois avec ma sage femme, elle est autant scandalisée que moi, elle ne nie pas que le cytotec, très bon marché est utilisé systématiquement en cas de déclenchement.

Je suis sortie de cette maternité 15h après mon accouchement, sur demande de ma part, je n'arrivais que très peu à parler, en état de choc j'ai été dans un monde parallèle pendant plusieurs semaines, chaque mercredi est une véritable souffrance, j'ai un suivi psychologique, je suis en dépression post partum, sous anti dépresseurs.

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Re: Mon accouchement par cytotec le 5 septembre 2012

Message par mamancyto » 29 janvier 2013, 22:24

Bonjour Mamanaunaturel, et merci infiniment pour ton témoignage.

Tu as su trouver les mots pour exprimer ce que nombre d'entre nous avons ressenti, et malheureusement la force de ces mots ne peut venir que d'une immense souffrance.

Je ne sais pas si ton déclenchement était justifié.
Mais l'utilisation du cytotec ne l'était absolument pas. Je suis sidérée que ta sage-femme ait reconnu que le "cytotec est utilisé systématiquement" en cas de déclenchement.
C'est systématique dans cette maternité peut-être, et dans d'autres du même genre que nous essayons de répertorier, mais la plupart des maternités ne l'utilisent pas.
Certaines sage-femmes que nous avons rencontrées (sur des salons par exemple), était sidérées d'apprendre que des gynécos déclenchaient au cytotec.
J'ai aussi rencontré des étudiantes sage-femmes qui apprennent en formation qu'elles n'ont pas le droit de déclencher au cytotec.

Mise à part l'utilisation du cytotec, il y a beaucoup de points qui m'interpellent sans ton récit:
- Tu arrives à 13 heures, on te dit "on vous déclenche", sans te demander ton avis, sans te donner le choix de la méthode (il existe d'autres méthodes autorisées), et on te pose la gélule de cytotec à 14h30. Donc tu n'as eu aucun temps de réflexion, aucune occasion de chercher par toi-même l'information qu'ils ne t'ont pas donnée. D'accord, tu avais fissuré la poche depuis 3 jours, mais tu n'étais pas à quelques minutes (heures)près. Ils savaient que tu étais suivie par une sage-femme libérale. Tu aurais dû pouvoir la contacter avant d'être déclenchée.
- Pourquoi le décollement des membranes à 20 heures ? Sans te demander ton avis et sans te prévenir ? (encore une infraction à la Loi). Ils étaient pressés ? C'était normal que le col n'ait pas bougé au bout de 6 heures. Un déclenchement c'est long, ils le savent.
- Et la rupture de la poche des eaux à 21 heure ? Elle t'a dit que "tu n'avais pas le choix". Mensonge !!! Tu avais le droit de refuser. D'autant plus que rompre la poche des eaux c'était te condamner à une douleur encore plus forte et ton bébé était d'avantage exposé.
- Et cette menace de césarienne ! Bon sang mais c'est du chantage pur et simple ! Elle n'avait pas le droit!
- Et pourquoi elle te dit qu'elle a téléphoné à ta sage-femme alors que c'est faux ? Elle n'avait pas envie que ta sage-femme puisse prendre ta défense ? C'était plus facile de te torturer sans un regard extérieur d'une professionnelle qui n'aurait pas approuvé sa façon de faire, et qui se serait peut-être interposée?

Bref, je n'ai qu'un mot pour décrire tout ça: VIOLENCE, VIOLENCE, VIOLENCE

Et le pire, c'est cette culpabilité qu'on traîne toutes.
On se sent coupable de s'être laissées faire alors qu'on n'a pas eu les moyens de faire autrement.

Il faut vraiment sortir de cette culpabilité, et reconstruire ce qu'ils ont tenté de briser chez toi.
Il te reste la force d'écrire ce récit, de le partager avec nous, qui avons vécu des choses semblables.

Je suis persuadée que tu vas t'en sortir, et que ta colère va se transformer en une formidable énergie.

Bienvenue chez les mamans en colère.

Anne

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